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MESSAGE DE MADAME Sakina MESSAADI, MINISTRE
DELEGUEE AUPRES DU CHEF DU GOUVERNEMENT, CHARGEE DE LA COMMUNAUTE
NATIONALE A L'ETRANGER
A L'OCCASION DE LA
Commémoration de la Journée
Nationale de l'Emigration
17 Octobre 1961
A mes Frères et Soeurs,
membres de la communauté algérienne établie
à l'étranger
L'humiliation douloureuse d'une mémoire, qui gronde dans
le tréfonds des Algériens ayant vécu le déchaînement
démesuré d'une violence inhumaine un 17 Octobre
1961, appelle toujours compréhension, reconnaissance du
combat d'une cause juste, pour la récupération de
la liberté et de la dignité d'exister avec ses propres
valeurs, sa civilisation et ses convictions.
Du 17 Octobre 1961 au 17 Octobre 2003, quarante deux ans s'écoulèrent
déjà depuis que notre peuple, fidèle aux
idéaux du 1er Novembre 1954, montra la même force
de résistance contre l'arbitraire colonial. La mesure répressive,
prise par les autorités préfectorales de Paris,
par l'imposition d'un couvre feu et l'interdiction du déplacement
des Algériens en groupe, a contraint nos compatriotes à
marquer, par des manifestations pacifiques, leur refus de la ségrégation
et de l'injustice coloniales.
En manifestant pacifiquemcent leur refus d'un couvre-feu injuste
- signe d'exclusion, de marginalisation - imposé par les
autorités préfectorales de Paris, les Algériens
de France ne firent que répondre à l'appel libérateur
de la voix du peuple algérien spolié de sa terre,
de ses richesses, meurtri dans sa chair, atteint dans sa fierté
et sa dignité.
La date du 17 Octobre 1961, comme des dizaines d'autres qui jalonnèrent
le parcours libérateur du peuple algérien, devrait
être appréhendée comme une leçon de
l'Histoire contre les convoitises et les déviations humaines.
Ces événements marquants ne sont consignés
dans aucun manuel scolaire, dans aucun livre d'Histoire, mais
ils restent gravés dans la conscience collective et dans
la chair des Algériens.
Cher(es) Frères et Soeurs,
Les centaines de morts, les disparus, les torturés sont-ils
un détail de l'Histoire ? Le souvenir des violences du
17 octobre 1961 pourrait s'atténuer avec le temps induisant
une reconnaissance. Le geste symbolique de la municipalité
de Paris constitue déjà un bon prélude. L'Histoire
jugera, l'Histoire retablira toutes les vérités.
Notre vérité est que tout Français n'était
pas colonialiste, tout Français n'était pas xénophobe.
Tout Algérien en est reconnaissant et tout Algérien
en reste tolérant. Rappelons-nous des sacrifices de Maurice
AUDIN, du courage du Sous-Lieutenant MAILLOT, de la témérité
des passeurs du réseau JEANSON des Hommes libres, morts
ou condamnés pour le droit à l'indépendance
des Algériens, de tous les Algériens.
Ces Hommes constituèrent le dénominateur commun
dans l'Amour de la paix, la liberté, la fraternité,
entre le peuple français et le peuple algérien dont
la reconnaissance à l'égard de leur engagement courageux,
héroïque, juste, humain tout simplement est déjà
inscrite dans le parcours des deux pays, illuminant les annales
de l'Histoire, de l'amour de la justice des grands.
Reconnaissant la légitimité de la lutte de libération
de l'Algérie opprimée, ils prirent cause pour la
liberté et s'y engagèrent corps et âme risquant
leur vie pour une cause qui n'est pas la leur, ils privilégièrent
la défense dangereuse des causes justes, des damnés
de la terre, au doux réconfort des privilèges sécurisants
de la puissance coloniale.
Souvenons nous aussi, que nos chouhadas du 17 Octobre furent
sacrifiés en anonymes par bastonnades et noyades dans les
eaux glaciales de la Seine. C'étaient tous des Fatma, des
Louiza, des Mohamed, des Arezki, des Houari. Leurs enfants et
l'Algérie en réclament encore l'identification et
la récupération de leur mémoire de martyrs.
Les cicatrices et les blessures du passé s'estomperont
avec le temps.
Il nous appartient aujourd'hui, alors, de construire d'un
passé mauvais un avenir meilleur.
Mes Cher(es) Concitoyens(es),
Le devoir de rappel par opposition à la recherche de l'oubli
- devrait simplement servir, aux gouvernants et aux hommes, à
extirper des coeurs les haines, les entêtements racistes
et d'éviter la résurgence des violences, des égoïsmes,
des égocentrismes et des ethnocentrismes qui, justifiant
les exactions des forts par le prétendu "infantilisme"
des peuples pacifiques, firent mal à l'humanité.
Le combat et le sacrifice de nos parents pour notre liberté
n'ont pas été vains et expriment à la face
du Monde, la justesse et la noblesse de la cause algérienne.
Notre pays se doit de tirer gloire de l'abnégation des
combattants pour la Liberté et notamment du renoncement
à la vie des victimes innoncentes d'octobre 1961.
Aujourd'hui vous, leurs enfants, vous mes chers frères
et soeurs de deuxième et troisième génération,
n'avez plus peur de circuler la nuit, n'êtes plus ouvriers
de basse catégorie.
Dans vos rangs, se comptent par milliers des enseignants universitaires,
des chercheurs, des médecins, des avocats, des ingénieurs,
des chefs d'entreprises, des artistes peintres, des sportifs,
des hommes et des femmes politiques de talent. Vous êtes
les ambassadeurs permanents de l'Algérie du troisième
millénaire dont elle est digne et fière.
L'Algérie actuelle, en phase de construction d'un Etat
démocratique, où tous ses enfants doivent trouver
la place qui leur revient, a besoin de vous. Nous sommes un seul
PEUPLE, nous aspirons au même avenir ! Il est un devoir
patriotique pour toutes les forces constitutives de la Nation
algérienne de se donner la main pour le développement
de notre Algérie et pour la paix dans notre Méditerranée.
La refondation des relations politiques algéro-françaises,
le vent d'espoir du rapprochement des deux peuples, hier en lutte,
doivent alors trouver, par votre présence, sur le sol français,
les passerelles humaines nécessaires à la restauration
de la confiance et à la coopération franche et directe
entre les deux rives.
L'année de l'Algérie en France, qui tire à
sa fin, a confirmé l'amitié, la compréhension
et le respect que se vouent les citoyens des deux pays, quand
l'Histoire est assumée et les erreurs historiques reconnues.
Elle vient de prouver que même si les peuples peuvent se
remémorer, ils savent aussi pardonner, comme le recommande
le Prophète (QSSSL) dans son hadith "celui qui pardonne
fait vertu de générosité".
Mes Cher (es) Frères et Soeurs,
Mon message d'espoir vous confirme que, quelles que soient les
distances, les difficultés quotidiennes, l'Algérie
vous reste proche, l'Algérie vous attend.
Vous avez montré, hier, face au terrorisme barbare et
génocidaire, face aux calamités et catastrophes
naturelles, votre attachement indéfectible à la
patrie et votre solidarité légendaire à l'endroit
de vos frères et soeurs meurtris. Votre pays vous en est
reconnaissant, il reste à l'écoute de vos préoccupations,
il ne faillira jamais à son devoir de vous protéger,
d'oeuvrer pour votre progrès, votre sérénité
et votre prospérité.
Vive l'Algérie Démocratique dans toute sa Dignité
et sa Fierté
Gloire à nos valeureux Martyrs
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